Mélissa Laveaux

Haiti-Canada

Biographie :

Métissée la musique de Mélissa Laveaux ? Sans doute — comment pourrait-il en être autrement ? Née à Montréal (Québec) en 1985 de parents haïtiens fraîchement immigrés ; projetée presque aussitôt dans un univers majoritairement anglophone (Ottawa dans l’Ontario) ; sommée de s’« intégrer » à ce nouvel environnement sans rien abandonner pour autant de sa culture d’origine, créole et francophone — Mélissa, au carrefour de ces multiples identités entrelacées, a très vite posé un regard légèrement décalé sur le monde alentour. Rien de forcé pourtant chez Mélissa dans l’expression de cette « différence » ni de naïvement militant dans  l’affirmation de sa singularité. La jeune femme fait partie de cette nouvelle génération de musiciens pour qui le multiculturalisme n’est ni un fardeau ni l’étendard d’une quelconque fierté communautaire : juste une réalité à vivre — l’évidence même d’être « au monde » de la sorte. Toutes ses chansons, dans les méandres subtils de leurs mélodies labyrinthiques, dans l’énergie compressée de leurs grooves à la fois rugueux et sophistiqués, dans la puissance poétique de textes aux images entêtantes mêlant Anglais, Français et Créole haïtien, ne font que mettre en scène ses interrogations, ses errances. Aux antipodes du syncrétisme artificiel d’une certaine « world music » pour qui la juxtaposition des différences tient lieu de culture commune, mais refusant par ailleurs de ne fonder son discours que sur la violence baroque d’une esthétique du conflit et de la déchirure identitaire, le songwriting très contemporain de Mélissa Laveaux a ce charme fou de ne rien méconnaître de tous ces enjeux, de toute cette histoire collective dont il est le produit, mais de s’en affranchir en choisissant la voie de l’intime, le registre de la confidence — l’aventure d’une parole définitivement libre.

Mélissa n’a que treize ans lorsque son père lui offre une guitare d’occasion à quinze dollars et quelques recueils de tablatures. C’est le début d’une passion pour la musique qui ne se démentira plus. Seule, elle se met au travail, déchiffre les partitions, tente de reproduire les airs de musiques populaires qu’elle entend à la radio, s’invente un style d’accompagnement personnel, très rythmique, et bientôt se met à écrire ses premiers textes, composer ses premières chansons. Tout en poursuivant brillamment ses études dans l’idée de travailler dans le domaine de la santé des femmes, Mélissa s’engage alors dans la vie associative de son université, s’impliquant notamment dans une association d’écoute soutenant les femmes abusées. Une expérience humaine décisive qui bouleverse sa vision du monde, l’incitant non seulement à modifier son orientation scolaire et s’inscrire en « Éthique et Sociologie » mais surtout à écrire des textes poétiques beaucoup plus personnels. Posant un regard résolument féministe sur la société qui l’entoure, Mélissa comprend à cet instant qu’elle ne composera jamais rien de valable qu’elle n’ait vécu ou ressenti personnellement, qui ne soit le reflet d’une émotion ancrée dans son expérience.

Parallèlement Mélissa poursuit son éducation musicale — en autodidacte. Elle découvre pêle-mêle, et dans une sorte de boulimie, le folk indépendant canadien (Joni Mitchell) et le trip hop britannique (Martina Topley-Bird), la musique brésilienne alternative (Adriana Calcanhotto, Os Mutantes) et les stars du hip hop et de la nu-soul (Erikha Badu, Common, The Roots, Pharcyde, Fugees…), les grandes voix de la tradition afro-américaine (Billie Holiday, Nina Simone, Aretha Franklin) et les étoiles lointaines de la World Music (Rokia Traoré, Lhasa…). Brassant en un mélange de naïveté et  de virtuosité instinctive toutes ces influences disparates, Mélissa se forge alors progressivement un style véritablement neuf et personnel. Greffant sur des canevas folk aux harmonies subtilement tordues, des langueurs rythmiques évoquant quelques traditions caraïbes fantasmées, des structures en boucle héritées du hip hop contemporain ou des intonations vocales profondément ancrées dans la soul la plus authentique, Mélissa libère d’un coup toute l’énergie créatrice accumulée au long de ces années d’apprentissage et trouve d’emblée le ton juste. Sa voix surtout se déploie, majestueuse et fragile, profonde, enveloppante et délicieusement juvénile, creusée de remous intérieurs sous la séduction immédiate, comme travaillée de façon subliminale par ce trilinguisme au cœur de son expérience mêlant en un phrasé tout personnel la syncope nonchalante du Créole, la sophistication harmonique du Français et la fluidité rythmique de la langue anglaise.

Seule avec sa guitare, accompagnée seulement aux tablas par un musicien de jazz de ses amis, Rob Reid, Mélissa enregistrera en 2006 un disque autoproduit, « Camphor & Copper » — sorte de maquette gracile et spontanée offrant un aperçu très brut et plein de charme de l’originalité de son univers. C’est ce même répertoire que le label No Format a décidé aujourd’hui de réenregistrer dans des conditions plus confortables et professionnelles. Histoire que ces chansons au lyrisme singulier, truffées de grooves lancinants et de mélodies à la mélancolie joyeuse, trouvent enfin le public qu’elles méritent. Histoire que Mélissa Laveaux, jeune canadienne d’origine haïtienne de 23 ans, fasse son entrée fracassante dans le petit cercle des auteurs compositeurs interprètes les plus prometteurs de notre époque.

Mélissa Laveaux

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